MARIANNE PLETSCHER


Textes, Revue de presse à propos de Marianne Pletscher


Aperçu


Une réflexion constructive autour de la maladie d’Alzheimer 

À l’occasion du nouveau documentaire de Marianne Pletscher

par Alex Bänninger

Est-il possible de tourner un film à la fois sans fioritures et en même temps sensible sur les malades atteints de démence, un film sans ménagements, mais apportant une consolation ?  Marianne Pletscher en est capable. 

A la télévision suisse alémanique, Marianne Pletscher s’est métamorphosée de journaliste ambulante pressée en cinéaste de documentaires armée de patience dans ses recherches. Dans ce rôle, elle a produit plus de trois douzaines d’œuvres, rencontrant respect et distinctions. Elle a prouvé, dans le film exemplaire en question, ce que la télévision de droit public est à même de réaliser : des programmes intelligents, profonds et intéressants laissant une trace durable.   

Une œuvre digne et loyale

Marianne Pletscher a osé s’attaquer à des sujets difficiles, souvent tabou, tels que viols, folies meurtrières, suicides, accompagnement de mourants ou Alzheimer. Ces sujets qui auraient pu engendrer des succès malsains axés sur le voyeurisme sont présentés de manière équilibrée, en révélant une connaissance approfondie des problèmes fondée sur une conception précise fournissant de manière impressionnante une large base de discussion. 

Marianne Pletscher documente une actualité sur laquelle se précipite également et avec avidité le journalisme à sensation avec un programme contraire à la dignité et à la loyauté qui profite sans gêne de destins humains et de catastrophes, afin de hausser les taux d’audience. Cependant, la télévision d’un autre genre, exigeante, différenciée et à l’arrière-plan suscite un vaste écho. L’éthique à la signature artistique transforme l’écran devant lequel un large public reste également assis.  

Une description sensible 

Entre-temps, Marianne Pletscher a quitté à l’âge de la retraite la télévision suisse alémanique. Cependant, la passion pour le film documentaire ne connaît pas de limite d’âge. En collaboration avec l’Association Alzheimer du canton de Zurich, elle a tourné „Chapeautés pour une évasion collective“. Le contenu se raconte rapidement : pendant une semaine de vacances, un groupe de personnes atteintes de démence, accompagnées de leurs partenaires, répète des scènes de théâtre. Les couples sont délivrés du poids de la souffrance et de l’assistance.

Ce qui pourrait être un sobre compte-rendu filmique est en fait une description sensible de la vie avec la maladie d’Alzheimer. Marianne Pletscher  traite le sujet avec clarté et dans toute sa dureté. Cependant, il n’y a ni image choquante, ni commentaires obsédants, mais des questions empathiques, des entretiens pleins de tact et des détails filmiques significatifs. L’aspect dramatique de la maladie baigne dans une atmosphère poétique de curiosité observatrice. 

Une information exempte de doctrine 

Comme dans tous ses documentaires, il est indéniable où se trouve Marianne Pletscher, c’est-à-dire du côté des personnes affectées de démence – de leur côté en tout premier lieu. Avec respect, elle esquisse le portrait de deux hommes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Elle fait preuve de déférence, de compassion, mais sans verser dans une pitié gênante. Le spectateur éprouve ce que la démence signifie, de manière informative et d’aussi près qu’un film peut le montrer.  

Marianne Pletscher maintient également son rôle d’observatrice à distance face aux deux épouses, à la doctoresse et conseillère de projet Irene Bopp-Kistler et à la thérapeute, régisseuse de théâtre, Christine Vogt, qui se contentent de relater et d’expliquer, mais ne donnent pas de leçon. Le film en résultant n’est pas un film parlant de démence en général, mais de quelques personnes directement touchées par la maladie, devant prendre part ou en soulager la gravité. 

Sur la voie encore longue de la recherche d’un médicament contre la maladie d’Alzheimer, le film est une étape impressionnante incitant à réfléchir sur des propositions facilitant le comportement face à la maladie.  

Journal21 / FILM – 19. Mai 2012 


Au sujet du documentaire «Amnésie et bonheur?»

La Zurichoise Marianne Pletscher est la Grande Dame du documentaire suisse. Dans son oeuvre la plus récente, elle dresse le portrait de personnes souffrant de démence sénile.  

Jeudi soir, la télévision suisse diffusera le documentaire „Amnésie et bonheur ?“ dont l’auteur est Marianne Pletscher et qui traite de malades atteints de sénilité ainsi que de leurs partenaires. Le sujet gagne de plus en plus en importance. La population suisse devenant toujours plus âgée, le nombre de personnes qui en souffre est en augmentation. En Suisse, il y a actuellement environ 100'000 personnes avec une démence et chaque année 25‘000 viennent s’ajouter.   

La démence est une maladie du cerveau au cours de laquelle survient une dégénérescence du tissu cérébral. On ne sait pas encore exactement ce qui cause cette affection. L’Alzheimer est une forme de démence. Dans son film, Marianne Pletscher dresse entre autres le portrait de personnes souffrant de démence précoce. Il y a par exemple une ancienne assistante médicale. Malgré sa maladie, elle conduit encore quotidiennement et tient en grande partie seule son ménage. A part la lessive, presque tout fonctionne. Un beau jour, subitement, elle ne sut en effet plus comment faire marcher sa machine à laver. Un autre exemple traite d’un ancien professeur. Autrefois, il était un brillant parleur et auteur de divers livres. Quand on lui demande quelle est son œuvre préférée, il la tire sans hésiter de l’étagère. Toutefois, il ne peut plus expliquer pourquoi cet ouvrage est si important pour lui. Il est émouvant de voir comment il cherche ses mots. «Une belle fois », dit-il, « tout est parti. »

Tournage d’environ 50 films
Marianne Pletscher va avoir 64 ans. Vieillir et lâcher prise, voici deux sujets importants dans son oeuvre. „Mieux mourir“ est le titre de son film sur la médecine palliative. "Antonia lâche prise" est l’accompagnement filmé d’une mourante. Pourquoi à nouveau un sujet si grave ? « Au prime abord, la démence angoisse », dit Pletscher. « Je veux montrer que les malades qui en souffrent vivent dignement, que leur qualité de vie est absolument valable, qu’ils peuvent même être heureux. » Ceci vaut également pour les proches qui soignent des patients déments. Un des moments les plus touchants du nouveau film est la séquence où l’ancien professeur fait un compliment à sa femme.

Pletscher ne tourne que des films pour lesquels elle ressent un engagement personnel. Elle parle de passion qu’elle nomme la fibre du coeur. A chaque fois, à travers son oeuvre, elle espère faire bouger quelque chose. Tel fut le cas avec son premier documentaire « Violée une fois – humiliée maintes fois ». Elle le tourna en 1982 déjà et toucha à un tabou. Il en alla de même pour beaucoup des 50 films environ qu’elle a réalisés au cours de sa longue carrière à la télévision suisse. Parmi ces films se trouvent un portrait du psychanalyste Paul Parin et de son épouse Goldi ou une projection de la représentation légendaire "La fin du monde au Welttheater – Einsiedeln en folie".

" Je me voue corps et âme à ma profession "
L’oeuvre de Pletscher a été primée à maintes reprises. Elle reçut le premier de ces dix prix en 1988 à New York pour son film « Jour d’aliénation – l’épouvantable carnage de G. Tschanun ». Il traite de la crise de folie meurtrière à l’Office des constructions de la ville de Zurich. En 1995 fut primé « Patrie ou enfer – une chronique du quartier de la Langstrasse ». Cependant, la cinéaste n’est fixée ni sur Zurich, ni sur la Suisse. En 1989, elle tourna à Cuba pensant que là-bas, le communisme allait s’achever. Quand Nelson Mandela arriva au pouvoir, elle était en Afrique du Sud. « Je me voue corps et âme à ma profession“ dit-elle, et on la croit volontiers.  

Sa carrière à la télévision a commencé en 1969, comme reporter acharnée avec un diplôme d’interprète en poche. « A l’époque, j’étais dure et axée sur les faits », dit-elle aujourd’hui. Il n’existe pour ainsi dire aucun format auquel elle n’ait pas participé : "Antenne", "Kassensturz", "CH-Magazin", "Rundschau"  ou "DOK" – elle a parcouru toutes les étapes. Comment a-t-elle évité de devenir cynique ou indifférente? « J’ai donné cinq fois mon congé à la télévision et je suis revenue cinq fois », répond-elle. Durant ces intervalles, elle continua à se former. Elle étudia les sciences politiques à l’Université de Harvard et accomplit des études post-grade à l’American Film Institute de Los Angeles, après quoi elle constata que les longs métrages ne l’intéressaient pas, mais bien les documentaires. 

Représentante de la génération soixante-huitarde
Depuis, Pletscher porte la plupart du temps des pantalons et un pullover et ne cache pas qu’elle est une représentante typique de la génération soixante-huitarde. Elle a vécu et lutté pour sa profession, l’égalité des droits et la réalisation de sa voie personnelle. A Zurich, elle habite dans une maisonnette Bernoulli près du Hardturm. Ces maisons ont deux côtés; l’un qui mène au jardin et l’autre où se retrouver avec ses voisins autour d’un verre de vin. Ces deux côtés sont aussi typiques pour la vie de Pletscher. „Je n’ai jamais pu séparer ma vie privée et professionnelle, car tout s’imbrique.“

Cependant, la cinéaste est devenue plus calme, ses oeuvres sont plus émotionnelles et personnelles. Il y a deux ans et demi, son partenaire est mort. Il était cameraman, elle travailla pendant des années avec lui : „Nous étions une équipe si bien rodée qu’il savait ce que je voulais sans que j’aie besoin de l’exprimer. » Maintenant, après avoir terminé avec une nouvelle équipe le film « Amnésie et bonheur ? », Marianne Pletscher se trouve à nouveau devant un recommencement. Elle a réduit de 50 pourcents son travail à la télévision et vient d‘achever des études post-grade pour la Coopération au développement. Tout est à nouveau possible. Une seule chose est certaine : elle veut continuer à réaliser des films et aussi à former des jeunes gens comme cinéaste.  

(Tages-Anzeiger 04.03.2010)


Schaffhauser Nachrichten, 23 février 2011

Comment sont réalisés des documentaires 

Marianne Pletscher a produit plus de 60 documentaires pour la télévision suisse. En prenant sa retraite, elle ne va certainement pas cesser de filmer. Entretien avec Karl Hotz.  

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Prix principal 2007 de la Fondation bernoise pour la radio et la télévision 

Le prix RGB doté de 5000 francs sera décerné cette année à Marianne Pletscher. Avec son documentaire «Les animaux comme thérapeutes – une maison de retraite suit de nouvelles voies» diffusé dans l’émission « DOK » de la télévision suisse, Marianne Pletscher aurait réalisé un document émouvant, sensible et aux multiples facettes sur des formes de thérapie dans le domaine de la vieillesse. La lauréate passa en tout trois semaines au Pflegezentrum de Schwarzenburg, afin de capter la vie quotidienne dans cette maison. « Par sa chaleur humaine, le film interpelle, il est émouvant et troublant. Habilement et discrètement, il relève la problématique de la dernière tranche de vie et il contient également beaucoup de passages amusants et divertissants », écrit dans son communiqué de presse la Fondation bernoise pour la radio et la télévision. Les prix sont financés par les recettes du capital de la Radio- und Fernsehgenossenschaft Bern Freiburg Wallis (RGB). (Communiqué de presse)


Beat Wieser, 21. 6. 2011

A l’occasion de la retraite de Marianne Pletscher

Comme le temps passe ! C’était dans les dernières années 70 qu’un documentaire de Marianne Pletscher fut présenté par l’émission «CH-Magazin». Le Tages-Anzeiger écrivit une critique si méchante que Marianne fut passablement blessée et notre équipe CH décida de ne pas se laisser faire. Le lendemain, je m’annonçai auprès de la rédaction du « Tagi » et dis leur fait aux collègues:  il n’était pas permis de démonter de manière aussi peu loyale et incompétente un film si remarquable et son auteure ! Le jeune critique était tout penaud. Aujourd’hui, l’auteur de ces lignes est plutôt marri de cette intervention violente: de nos jours, nous ne réagirions plus aussi susceptiblement. Et le Tages-Anzeiger ? Il nomme aujourd’hui Marianne «Grande Dame des Schweizer Dokumentarfilms» (Grande Dame du documentaire suisse). 

Fin 1969, Marianne rejoignit la «Tageschau» (les nouvelles du jour). Bientôt elle passa à «Antenne», l’émission critique et controversée dans les cercles politiques. Suivirent «Bericht vor 8», «CH-Magazin», «Rundschau» et finalement «DOK», années durant lesquelles Marianne intercala des études de sciences politiques et d’écriture de scénarios pour longs métrages. Cependant, elle se rendit rapidement compte que seule, la réalisation de documentaires l’intéressait vraiment. Les archives de la télévision contiennent plus de 40 documentaires de Marianne. Ils présentent la marque d’une auteure à l’engagement sociopolitique, ils sont tous élaborés avec le plus grand soin et un esthétisme conséquent, beaucoup furent tournés par son partenaire et compagnon Werner Schneider disparu il y a quatre ans. 

Quels films de Marianne faut-il citer ici, oui ou non? Dois-je tirer de la pile géante le fin portrait de Paul et Goldy Parin émis par «Sternstunde»? Ou le film à la magnificence baroque «Welttheater – scènes de folie au village du couvent» tourné pour «DOK»? Ou peut-être «Amnésie et bonheur ?», son touchant film sur les personnes atteintes de démence ? Il y en a trop, la quantité des productions pour SF et Televisiun Svizra Rumantscha oblige le laudateur à capituler.  

Il faut cependant dire ceci: dans ses films, Marianne s’est engagée pour les faibles dans notre société, surtout pour les droits de la femme. Dans ses œuvres tardives pour «DOK», elle s’est de plus en plus occupée de la désagrégation et de la fin de la vie. Je pense que Marianne voit dans son travail une mission, dans ses films une impulsion à la réflexion et en définitive au changement. C’est la raison pour laquelle des livres sont sortis comme produit dérivé de ses émissions à la télévision, tel que «Weggehen ist nicht so einfach» (S’en aller n’est pas si simple) parlant de femmes maltraitées en Suisse. Son engagement lui a rapporté beaucoup de louanges et maints prix dont le premier lui fut attribué en 1988 pour « Jour d’aliénation – l’épouvantable carnage de G. Tschanun » . Elle n’a plus présenté ses films les plus récents à des jurys, disant: «Dix prix sont suffisants.» 

Le 30 juin 2011, Marianne va prendre sa retraite. Elle se retourne sur 40 ans d’histoire de la télévision suisse qu’elle a contribué à former. Il y a quelque temps, elle a réduit à 50 pourcents son travail à la SF et suit, dans le cadre de NADEL à l’ETHZ, des études post-grade pour la Coopération au développement. Durant toutes ces années en outre, la cinéaste s’est mise accessoirement à enseigner dans diverses écoles de cinéma.  Je devine ici maintes possibilités et voies encore ouvertes. Une seule chose est certaine: Marianne veut continuer à faire des films et transmettre son savoir à de jeunes auteurs. Espérons qu’elle gardera encore longtemps son énergie et son envie de créer.  


Communiqué relatif au prix catholique des médias 2003

Travail de création donneur de sens grâce à la radio et aux films TV

Pour la dixième fois, la Commission des Evêques suisses pour les médias décerne le prix catholique des médias 2003. A cette occasion, elle honore simultanément deux professionnels de mérite, actifs dans le domaine des médias électroniques: José Ribeaud et Marianne Pletscher. [...]

Par cette distinction, d’une part la longue carrière du journaliste et rédacteur José Ribeaud est reconnue. La devise „Vivre heureux s’appelle communiquer“ caractérise sans doute le mieux sa biographie. [...]

En Suisse alémanique, le prix catholique des médias 2003 est décerné à la réalisatrice de la télévision alémanique Marianne Pletscher pour son documentaire „Mieux mourir – tout ce que l’on peut, quand on ne peut plus“. Le film plaide pour le droit à mourir dans la dignité et sans angoisse. Marianne Pletscher et son équipe ont réussi, dans ce documentaire sur les soins palliatifs, à nous faire pénétrer avec beaucoup de sensibilité dans la vie de la communauté qui accompagne les personnes en fin de vie au Limmattalspital de Zurich. Parce qu’une grande confiance s’établit de façon manifeste, on découvre les impressions intenses et le vécu émotionnel au moment du départ et de la mort, l’angoisse et la confiance des personnes concernées et l’accompagnement intégral du personnel soignant et des médecins. Comme chez José Ribeaud, on constate que la dignité de l’homme est au centre de cette œuvre impressionnante. Le travail de Marianne Pletscher, le dernier de toute une série de documentaires engagés du même genre, témoigne de manière douce et discrète que la mort humaine n’a pas besoin d’être déterminée par la peur d’une fin définitive.